Jero Farman type militaire 1912 - © Droit d'auteur

1re Escadrille

La création officielle de la 1re Escadrille remonte à l’Arrêté Royal du 16 avril 1913 organisant la Compagnie d’Aviateurs et, entre autres, un ‘certain nombre d’escadrilles’ équipées de quatre aéronefs et comprenant quatre équipages composés d’un pilote et d’un observateur. L’idée répandue parmi les états-majors de l’époque est d’utiliser ces unités pour l’observation des mouvements des troupes au sol. Cependant, à l’analyse de certains documents, dont des courriers du Commandant Mathieu - à la tête de la Compagnie d'Aviateurs -, il est raisonnable de penser que la 1re Escadrille existe de facto dès septembre 1912, lorsqu’elle peut disposer des quatre premiers JERO-Farman type militaire 1912. L’Arrêté Royal du 16 avril 1913 ne fait que confirmer la structuration de la Compagnie d’Aviateurs ; deux escadrilles existent déjà !

 Félix Liedel - © Droit d'auteur

Le 27 juin 1914, au cours de manœuvres dans les Ardennes, le SLt Félix Liedel, de l’Escadrille I, est le premier pilote militaire belge à tomber en service aérien commandé.

 Ten Bogaerde - © Droit d'auteur

Lors des premiers affrontements de 1914, l’Escadrille I HF (pour Henri Farman), sous le commandement d’Arsène Demanet, son premier CO, est engagée dans la défense de la Place Forte de Liège ; elle se replie ensuite successivement vers Anvers, Ostende et finalement Saint-Pol-sur-Mer près de Dunkerque. Entre le 15 et le 19 mars 1915, la Compagnie d’Aviateurs (dénomination depuis 1913) change de nom et devient l’Aviation Militaire. Le 20 mars, l’Escadrille s’installe au lieu-dit « Ten Bogaerde » (Coxyde).

Plus tard, en décembre 1916, elle s’établit au terrain des Moëres (Coxyde).

 Nieuport 10 - © Droit d'auteur

Au cours du mois d’avril 1915, l’Escadrille est dotée du Nieuport 10, un petit biplan léger et maniable ; elle n’a jusque-là disposé que d’aéronefs HF Farman, gros biplan pataud et lourd. Le 17 avril 1915, l’équipage composé du pilote Fernand Jacquet et de l’observateur Henri de Vindevoghel, sur HF 20, abat un Albatros allemand, signant ainsi la première victoire de l’Aéronautique Militaire belge

 "Bébé" Nieuport 11 - © Droit d'auteur

En janvier 1916 est prise la décision de créer une unité de chasse composée de deux escadrilles. Le 22 février, l’Escadrille « I » devient officiellement la 1re Escadrille de Chasse. En août de la même année, les Nieuport 10 sont remplacés par le « Bébé » Nieuport 11.

 Ponnier M.1 - © Droit d'auteur

En 1916, l’Escadrille reçoit également quelques Ponnier M.1. Ceux-ci sont refusés par les pilotes qui jugent l’avion trop dangereux. Cet engin avait déjà été rejeté par les pilotes français pour les mêmes raisons. Dix exemplaires sont malgré tout fournis.

 Hanriot HD.1 - © Droit d'auteur

En 1917, la 1re Escadrille est équipée principalement de Nieuport 120cv. Le remplaçant est le Hanriot HD.1 équipé d’un moteur de 110cv, avion léger et maniable mais avec une capacité de montée quelque peu réduite. Après quelques réticences de la part d’André de Meulemeester et Jan Olieslagers, le nouvel arrivé enthousiasme très vite les pilotes de la 1re.

 André de Meulemeester - © Droit d'auteur

C’est à cette époque, à l’initiative d’André de Meulemeester, qu’apparaît le Chardon d’Écosse sur les avions de la 1re Escadrille. Ce premier emblème n’est pas des plus réussis : il se termine par un « bouchon de champagne ». Cette première esquisse, retravaillée par Willy Coppens, donne naissance au Chardon que nous connaissons et est peinte sur les flancs des Hanriot HD.1 de l’Escadrille. Vient s’adjoindre à l’emblème la devise « Nemo me impune lacessit –Personne ne me provoque impunément– » au-dessus et en travers du fuselage des avions.

 Sopwith Camel F.1 Camel - © Droit d'auteur

Au début de 1918, l’Escadrille reçoit momentanément quelques Sopwith F.1 Camel avec moteur Clerget de 130 cv, qui sont très rapidement reversés à une autre escadrille. En mars 1918, l’organisation de l’Aviation Militaire belge évolue une nouvelle fois et se structure par groupes. Le Groupe de Chasse, commandé par le Commandant Jacquet, comprend désormais trois escadrilles dont la 1re qui devient la 9e Escadrille de Chasse.

 Fernand Jacquet - André de Meulemeester - Jan Olieslaegers - Willy Coppens and Edmond Thieffry (2 Sqn) - © Droit d'auteur

À la signature de l’armistice, l'Escadrille du Chardon compte quatre des cinq ‘As’ reconnus à l’Aviation Militaire belge : Fernand Jacquet, André de Meulemeester, Jan Olieslaegers et Willy Coppens. Sans oublier tous ses pilotes qui ont fait preuve d’un courage extrême tout au long du conflit et les trop nombreux qui ont payé de leur vie.

 Fokker DVIII - © Droit d'auteur

En mars 1919, la 9e Escadrille est basée à Berchem-St-Agathe (Bruxelles). Par manque de moyens financiers pour rééquiper l’Aviation Militaire, nos aviateurs, en particulier à la 9e escadrille, utilisent des appareils issus des surplus de l’Armée française mais aussi capturés à l’ennemi : on voit ainsi le chardon fleurir sur des Fokker DVII, un Morane Saulnier MS.30 E et aussi des Spad XIII C1.

 Schaffen - Diest - © Droit d'auteur

En ce début d’année 1920, la dénomination « Aviation Militaire » est changée en « Aéronautique Militaire ». En mars 1920, le 1er Groupe de Chasse est stationné à Schaffen. Il se compose de deux escadrilles, la 9e (le Chardon) et la 10e (La Comète). Durant cette période, l’inventaire de la 9e recense deux DH-9F12, toujours sous cocardes anglaises, trois Hanriot HD.1 et trois Fokker DVII. Dès 1921, un nouveau changement s’opère et la 9e est versée dans le 4e Groupe aéronautique qui est composé de cinq escadrilles de chasse.

 Nieuport-Delage NiD 29 C1 - © Droit d'auteur

Deux ans plus tard, une nouvelle refonte a lieu et, dès février 1923, la 9e Escadrille de Chasse, accompagnée de la 10e Escadrille de Chasse, fait désormais partie du 5e Groupe de Chasse du 2e Régiment d’Aéronautique toujours basé à Schaffen. La dénomination « Régiment aéronautique » perdure jusqu’en 1940, mise à part la période 1924-1925 au cours de laquelle les régiments sont rebaptisés « groupements ». Durant cette période, la 9e fait partie du 1er Groupe de chasse du 2e Groupement aéronautique. En 1924, pour remplacer la flotte vieillissante mais aussi dans un but de standardisation, le Nieuport-Delage NiD 29 C1 entre en service à la 9e Escadrille.

 Fiat CR.1 - © Droit d'auteur

En 1925, l’Aviation Militaire belge teste deux exemplaires du Fiat CR.1, un appareil par la 9e escadrille et l’autre par la 10e. Les essais ne sont pas concluants, le Fiat n’apportant pas vraiment d’amélioration par rapport au NiD 29. Aucune commande ne suit.

 Avia BH-21 T-9 - © Droit d'auteur

En 1926, une nouvelle restructuration de l’Aéronautique Militaire s’opère ; la 9e Escadrille de Chasse devient la 2e Escadrille du 1er Groupe de Chasse du 2e Régiment d’Aéronautique de Chasse et Bombardement ; elle est toujours basée à Schaffen.

En 1927, les premiers Avia BH-21 T-9 issus d’une commande totale de 44 appareils arrivent à Schaffen et équipent les 2e et 1re Escadrilles, qui continuent à voler conjointement le NiD 29 C1. Très vite, l’Avia crée une déception certaine au sein des pilotes ; il semble que c’est pour cette raison que les Nieuport continuent à voler.

 Fairey Firefly IIM - © Droit d'auteur

En 1929, une évaluation des remplaçants potentiels est lancée ; on trouve entre autres le Nieuport Delage NiD 72 C1 dont l’un ou l’autre exemplaire portera le Chardon, mais ne sera pas repris. En novembre 1930, l’Aéronautique Militaire commande des Fairey Firefly IIM afin de remplacer ses chasseurs précédents ; au total pas moins de 87 appareils sont commandés à la société Fairey nouvellement installée à Gosselies, les 25 premiers exemplaires étant construits à la maison-mère en Angleterre.

La 1/I/2Aé (Comète) est la première à recevoir les nouveaux avions dès mai 1931, suivi par la 2/I/2Aé (Chardon). Au sujet de changement de dénomination des Escadrilles, la date effective varie de 1931 à 1934.

 Fairey Firefly IIM - © Droit d'auteur

À l’arrivée du Fairey Firefly IIM en unité, le nombre d’accidents croit de manière significative. Ceux-ci se produisent principalement lors d’acrobaties. La hiérarchie réagit très vite et crée un centre de perfectionnement à Wevelgem. Le résultat est rapide ; l’avion est sain et le nombre d’accidents décroit de manière spectaculaire.

 Hawker Hurricane I - © Droit d'auteur

À la fin de 1936, l’avion ne correspond plus aux besoins du moment, principalement en fonction de la modernisation des flottes dans les autres pays et plus particulièrement en Allemagne.

Le Gouvernement belge décide alors d’acquérir des Gloster Gladiator pour la 1re (Comète) et des Hurricane pour la 2e (Chardon). Ces avions sont livrés respectivement en 1937 et 1938/1939. En septembre 1939, l’Escadrille du Chardon dispose de 15 appareils.

 Xavier Henrard "Le Sioux" - © Droit d'auteur

Le premier pilote belge abattu par les Allemands, le Lieutenant Xavier Henrard –dit le Sioux– , est issu de cette escadrille.

Le 2 mars 1939, près de deux mois avant le début du conflit, il est victime des mitrailleuses d’un Dornier 17 allemand, qu’il intercepte au-dessus des Ardennes en compagnie de deux autres Hurricane.

 Beauvechain Air Base - © Droit d'auteur

Le 10 mai 1940, à 4h30, trois Messerschmitt BF-110 attaquent l’aérodrome de Schaffen, suivis de six vagues successives de bombardiers légers. Seuls deux Hurricanes (un avion réparé suit quelques heures plus tard) et une poignée de Gladiators (13 avions dont un exécute un atterrissage de fortune en campagne) parviennent à décoller et rejoignent leur aérodrome de dispersion à Beauvechain.

Le lendemain, à l’aube, les derniers appareils y sont détruits à l’aube.

 Escapees in Morocco waiting to join UK - © Droit d'auteur

Plusieurs pilotes rejoignent l’Angleterre où ils continuent le combat au sein de la Royal Air Force. Ils témoignent à nouveau d’un courage impressionnant ; nombre d’entre eux paieront hélas de leur vie.

1940 - 1945 1940 - 1945 - © Droit d'auteur
1940 - 1945 1940 - 1945 - © Droit d'auteur
 Florennes Air Base - © Droit d'auteur

Lorsqu’en 1947 est créé le 161e Wing de Chasse à Florennes commandé par le Major Aviateur Raymond Lallemant DFC & Bar, la 1re Escadrille se reforme sous la dénomination 351e Escadrille de Chasse.

Elle reprend les traditions et l’insigne du Chardon.

 Supermarine Spitfire MK 14 - © Droit d'auteur

En février 1948, le 161e Wing devient le 2e Wing de Chasse de Jour et la 351e Escadrille est renommée 1re Escadrille de Chasse.

Peu à peu, l’Escadrille se dote de Supermarine Spitfire MK.14 et d’un ou deux North American Harvard T-6, pour garder la main ; les Spit arrivent en effet au compte-goutte. En février 1949, on note 10 avions pour la 1re dont huit volables et deux en inspection.

 Willy Coppens de Houthulst - © Droit d'auteur

En septembre 1949, alors que toutes les unités de la jeune Force Aérienne belge sont présentes à Florennes pour différents évènements, le Chevalier Willy Coppens de Houthulst remet le fanion frappé du Chardon au Commandant de la 1re Escadrille, le Major Avi de Wever.

 Republic F-84E Thunderjet - © Droit d'auteur

En avril 1951, les trois premiers Republic F-84E 'Thunderjet' arrivent à Florennes ; ils sont destinés à remplacer les Spitfire devenus obsolètes. 21 appareils sont livrés à la Belgique dans le cadre du MDAP (Mutual Defense Assistance Program). Ils équipent d’abord Florennes, puis sont ensuite répartis dans d’autres unités, au 10e Wing de Kleine Brogel ou au 9e Wing de Bierset.

 Republic F-84G Thunderjet - © Droit d'auteur

Très rapidement, le F-84G, plus performant que le ‘E’ vient gonfler les rangs, entre autres à la 1re.

Lors de l’introduction de ces premiers jets, la 1re Escadrille voit son rôle modifié, et devient une escadrille chasseurs bombardiers.

 Republic F-84F Thunderstreak - © Droit d'auteur

Dans la foulée de la guerre de Corée, ces avions sont très rapidement dépassés au regard des performances des avions soviétiques. Le F-84F 'Thunderstreak' remplace le F-84E/G dès 1955 : les premiers appareils arrivent à la 1re en décembre 1955.

 First in flight - © Droit d'auteur

En 1971, la 1re opère le F-84F durant plus de quinze années déjà. Le 30 juin 1971, en prévision de sa transition prochaine sur Mirage 5B, elle forme pour la dernière fois un superbe «1 » au-dessus de la plaine de Florennes.

Elle prend ensuite la direction de Bierset ou l’attendent ses nouvelles installations, laissées vacantes par le 42e qui elle, suit le chemin inverse.

 Mirage 5BA in flight - © Droit d'auteur

En janvier 1972 débute la conversion des pilotes de la 1re sur Mirage 5B. Le 27 janvier, le premier Mirage 5 BA aux couleurs du Chardon atterrit à Bierset

 F-84F and Mirage 5BA - © Droit d'auteur

En mai, les derniers F-84F quittent définitivement l’inventaire de la Première et sont convoyés vers Koksijde pour y être entreposés.

Les arrivées des nouveaux appareils se succèdent. En en mars 1973, la 1re participe à son premier Tac Eval et est déclarée opérationnelle sous l’ère du Mirage 5B.

Mirage 5BA 05 high level flight Mirage 5BA 05 high level flight - © Droit d'auteur
Mirage 5BA 23 in close formation approach Mirage 5BA 23 in close formation approach - © Droit d'auteur
Mirage 5BA 15 on landing Mirage 5BA 15 on landing - © Droit d'auteur
Mirage 5BA 44 on the back Mirage 5BA 44 on the back - © Droit d'auteur
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Dès 1973, elle reprend la mission AMF Sud (Ace Mobile Forces - Ace pour Allied Command Europe-). Elle avait déjà ce rôle sur F-84F depuis 1963.

AMF 1983 Diyarbakir AMF 1983 Diyarbakir - © Droit d'auteur
AMF 1985 Balikesir AMF 1985 Balikesir - © Droit d'auteur
AMF 1987 Diyarbakir AMF 1987 Diyarbakir - © Droit d'auteur
 Mirages 5 BA escorting first "Thistle" F-16 - © Droit d'auteur

L’Escadrille du Chardon opère le Mirage 5B jusqu’en mars 1989, moment où elle revient à Florennes dans le cadre de sa transition sur F-16.

 1 Sqn Mirage 5 BA10 taxiing during TAM 1988 - © Droit d'auteur

Durant toute cette période dite de la « guerre froide », l’Escadrille ne participe à aucun conflit mais contribue au sein de l’OTAN à préserver la paix en participant à la politique de dissuasion jusqu’à la fin des années quatre-vingt.

Bierset last flight 8 march 1989 Bierset last flight 8 march 1989 - © Droit d'auteur
Bierset last flight 8 march 1989 Bierset last flight 8 march 1989 - © Droit d'auteur
Bierset last flight 8 march 1989 Bierset last flight 8 march 1989 - © Droit d'auteur
Last corps meal in Bierset march 1989 Last corps meal in Bierset march 1989 - © Droit d'auteur
Various missions Various missions - © Droit d'auteur
Various missions Various missions - © Droit d'auteur
Various missions Various missions - © Droit d'auteur
Various missions Various missions - © Droit d'auteur
 F-16, KC-10 refuelling a Rockwell B-1 Lancer - © Droit d'auteur

Dans les années nonante, les pilotes du Chardon participent aux opérations de l’OTAN au-dessus des pays de l’ex-Yougoslavie, notamment la Bosnie et le Kosovo.

 F-16 intercepting a SU-27 Flanker - © Droit d'auteur

De 2000 à 2020, ils s’illustrent lors de nombreuses missions de guerre sur différents théâtres d’opérations tels qu’Afghanistan, Lybie, Irak, Syrie et Pays Baltes.

 100th anniversary - © Droit d'auteur

En 2017, la 1re escadrille fête le centenaire de son insigne.

 Lockheed Martin F-35A Lightning II - © Droit d'auteur

Elle est toujours opérationnelle à ce jour sur Fighting Falcon et va bientôt passer sur F-35 Lightning II.

 First Thistle "champagne cork" designed by André De Meulemeester - © Droit d'auteur

L'insigne

Le chardon d’Écosse, imaginé par André de Meulemeester –As de la première guerre mondiale– a figuré sur les Sopwith et Hanriot de la 1re puis de la 9ième Escadrille.

 Definitive Thistle re designed by Willy Coppens - © Droit d'auteur

À l’origine, la longue tige de feuilles dentelées était surmontée d’une sorte de bouchon de champagne. Celui-ci est « perfectionné » par Willy Coppens.

Arboré par la 1re Escadrille en 1917, il est porté par d’autres escadrilles au fil des divers changements de numérotation de celles-ci.

 1 Sqn badge - © Droit d'auteur

Il est repris à Florennes en 1947 par la « 351e » qui devient un an plus tard la 1re Escadrille de Chasse.

Il orne ses avions depuis cette date, du F-84E/G au F-84F en passant par le Mirage 5BA et depuis 1989, le F-16.

 - © Droit d'auteur

Devise.

« Nemo me impune lacessit », « Personne ne me provoque impunément » est utilisée par André de Meulemeester, directement inspirée de la devise de régiments Écossais.